Témoignage d'une jeune manifestante :
"24/03/2006
Je suis allée à Paris hier. La manif s'est bien passée, il y avait du monde,
nous, de Lyon, des gens de Grenoble, de Chambéry... Nous étions vraiment
nombreux! Puis peu à peu, des vagues d'une centaine de "casseurs", appelés au
son de cornes de brumes, dévalaient dans la foule, puis occupaient les lignes
de bus! Certains se sont fait volé ou frappé. A la fin de la manif, ils étaient
des centaines...environ 3000 CRS et Gendarmes Mobiles bloquaient la place!!!
Les "casseurs" choisissaient une proie, fonçaient à 20,30,50,100 sur lui
(elle) et le (la) défonçaient et le dépouillaient! Les forces de l'ordres s'en
sont pris pleins la gueule aussi mais les premiers visés étaient les
manifestants. Les manifestants
sortaient de la place tant bien que mal mais
certains restaient à l'intérieur. Des voitures ont commencé à brûler, les
vitrines à péter. Mon groupe a décider de partir à la gare et je suis restée
avec une amie car des potes à moi étaient à l'intérieur.
Les flics bloquaient l'accés à la place à tout le monde. Les passants nous
ont accuser d'être les fauteurs de trouble, de faire repartir le bordel des
banlieues!!! On a du leur expliquer qu'on était dans la rue car on en peut plus
de vivre avec 300 euros par moi et d'être pris pour des cons!!! Trois casseurs
se sont précipités dans la rue, ils ont été interpellé puis sont passés...
carte de Police à la main!!! Là on a halluciné, les mecs étaient vraiment
chauds!! On s'est faufillé aprés eux car je voulais absolument rejoindre ma
pote! Un flic nous a averti que si on repassait par là, il nous arrêterait. Il
n'y avait plus rien ! Les pompiers étaignaient les voitures mais les casseurs
étaient tous partis!!! Tout était calme.
Je l'ai rejoints sur les quais, il ne restait plus que des manifestants en
état de choc. On a voulu sortir mais les camions de flics nous prenaient en
sandwich et nous empêchaient de sortir! Je me suis avancée vers 1ui pour lui
expliquer qu'on était pas d'ici, qu'on hallucinait, qu'on voulait se barrer de
cette ville de merde! Il nous a dit d'arréter de sourire ou que ca risquait de
mal tourner! Nous étions piégés! Pourtant ils voyaient bien qu'il ne restait
plus qu'une centaine de manifestants apeurés! Ils ont commencer à nous filmer
(les flics) et étaient morts de rires face à notre
incompréhension et à notre
terreur. Ils ont commencer à charger sur ma droite et la foule s'est précipitée
contre l'autre cordon de CRS. Une fille leur a demandé, paniquée, des
informations, elle s'est fait gazée, puis le gendarme s'est excusé! Mes genoux
claquaient. Le cordon de flic s'est dissoud, nous avons couru mais d'autres ont
débarqué et on fait barrage! En fait, ils nous déplacaient contre le
commissariat!
Les cordons se resséraient contre nous, ca hurlait dans tout les sens, deux
filles voilées pleuraient. J'avais peur que l'un de nous tombe , qu'on meure
étouffé ou piétiné... Les médias étaient parmis nous et nous canardaient de
flash surtout dès qu'on hurlaient. Les flics nous compressaient violemment pour
qu'on se révolte et que les médias puissent prendre des photos!!!
Morts de
trouilles face aux assauts des forces de l'ordre, nous avons levé nos mains au
ciel... là, ils ont paru bien emmerdé!! Les flash fusaient toujours!
Un flic avec un fort accent de banlieue nous a dit de ne pas paniquer (très
drôle), qu'on allait juste vérifier nos identités, que l'ordre de se dispersé
avait été donné il y a plus d'une demie-heure et qu'il ne fallait pas nous
étonner. Puis vint l'heure de la mise en scène médiatique! 5 ou 6 flics
rentraient en trombe parmis nous, se jetaient sur un mec, le plaquaient
violemment au sol. Là, ils attendaient trentes secondes, le temps des photos,
puis viraient le mec. Ca a duré plus de deux heures. Je tiens à préciser que
les arrestations se sont placées dans un ordre bien précis : ils ont commencé
par les noirs, puis par les arabes, suivis des
mecs qui avaient des dreads ou
les cheveux longs, la violence était également graduée!!! Un gars s'est fait
piétiné sous nos hurlements. C'était vraiment très violent!
Nous étions toujours filmés par les flics morts de rires. Ils évitaient tout
de même de nous regarder dans les yeux. Par dessus la masse de casques de
flics, le drapeau français flottait ; une drôle d'impression m'a serré le
bide.... Une bande de 6 "racailles" est sortie escorté de la cours du
commissariat. Ils se sont retrouvés avec nous, on a traité les flics de
racistes, les gars scandaient artificiellement qu'ils n'étaient pas dans la
manif. Ils se sont glissé dans un coin, 5 CRS les ont fait sortir discrètement
(nous sommes 3 ou 4 a avoir vu la scène!), une fille s'est accrochée à eux pour
sortir, les flics sont allées la
chercher et l'ont remise dans le cercle, les
gars sont parti sous l'oeil complice des flics!!! Je hurlais sur un
photographe, le traitait de collabo, de traitre. Il m'expliqua qu'il prenait
juste des photos, qu'il n'écrivait pas les textes dessous, que parfois c'était
utile, comme pour le syndicaliste dans la coma par exemple. Je me calmais, je
voulais qu'il m'explique. Il m'a confirmé qu'il leur fallait des photos, que
Sarkozy sait ce qu'il fait quand il ordonne de ne s'en prendre qu'au
manifestants, que tout le monde sait que les RG sont avec les casseurs, sont
dans toutes les manifs, dans toutes les AG. Je lui répondais que non, que moi,
je ne savais pas.
Nous commencions a comprendre tous ce buisiness, certains flics sont des
"casseurs", des RG infiltrés pour embraser la foule,
certains "casseurs"
doivent avoir des arrangement avec eux pour nous taper sur la gueule dans les
manif (ca passe toujours mieux au JT plutôt que ce soit les CRS ou GM qui nous
fracassent) et puis il y a les moutons, ceux qui suivent juste pour se
divertir... Ils ont fini par me prendre par le bras pour m'interpeller, enfin!
Le flic était surpris que je vienne de Bron, je gardait le silence face à sa
voix toute douce, il m'a souhaiter un "passez une bonne soirée mademoiselle",
sourire charmeur à l'appui, comme si tout cela était tout à fait normal, comme
s'il avait l'habitude! Il était 20 heure, l'heure des infos! Mes deux amies
sont sortie juste aprés moi, mais nos deux amis, eux n'étaient pas dans la
rue!
On les a appelé, ils étaient dans un fourgon et allait être dispachés dans
des commisariats, ils ne savaient pas quand, ni pourquoi mais on les laissait
répondre au téléphone.On a donc loupé notre train qui partait à 20h, on les a
attendu jusquà 22h puis on a pris le dernier TGV pour Lyon. Un des deux a été
relâché vers minuit, aprés avoir été transporté dans pleins de cellules, on lui
a demandé s'il reconnaissait avoir perturbé l'ordre public puis on l'a relâché!
Il n'avait toujours pas de nouvelle de notre autre ami. Ils étaient de retour
aujourd'hui.
Je suis encore sous le choc, je sais qu'on ne va pas me croire, mais à ceux à
qui j'ai mis le doute, je demande expressément de diffuser mon témoignage.
Emilie Mourgues
Etudiante en Anthropologie à Lyon 2"
Ceci me laisse perplexe...